Molière et Le Misanthrope

ou l’atrabilaire amoureux

A sa création en juin 1666, la pièce connaît un succès relatif et ne sera considérée, comme un chef-d’œuvre, qu’après la mort de Molière.
La comédie est singulière, le rire n’est jamais franc, tant chez les personnages que chez le public. Les uns se moquent des autres mais lorsque le rire porte sur Alceste, il laisse à chacun mauvaise conscience.
Alceste conteste l’ensemble des mœurs de son temps. Cet homme sincère s’insurge contre le mensonge, la duplicité, l’hypocrisie des usages mondains. L’ambiguïté, voire l’impossibilité, de cultiver l’art de plaire, tout en restant sincère est un thème prégnant et manifeste au XVIIe.

être peu sociable, d’humeur sombre, sévère envers l’espèce humaine

La pièce témoigne de la réflexion philosophique que mène Molière sur le rapport de l’homme social et sur la vérité. L’homme est condamné à jouer la comédie, et Alceste n’y échappe qu’en fuyant « ce monde ». Le monde est un théâtre, thème récurrent depuis l’antiquité.

un témoin sans concession des rapports sociaux de son temps

Le poète y dénonce un mal inhérent à tous, celui de l’amour-propre (qui se dissimule sous le masque des usages). Molière va plus loin que dans Le Tartuffe et Dom Juan, qui fustigeaient un vice apparent, puisqu’ici il s’en prend aux usages sociaux, admis par tous, qui dissimulent mal la méchanceté de l’homme.
Ce chef-d’œuvre témoigne de l’extraordinaire lucidité de Molière, à un moment où il doit faire face à des difficultés, tant sur le plan sentimental que professionnel. À travers les propos d’Alceste et de Philinte, Molière dévoile un conflit intime, propre à beaucoup (et cela quelque soit le siècle) : l’acceptation de la réalité qui s’oppose au rejet des règles sociales. Il nous offre une profonde méditation sur la nature humaine.

Une concession de taille : Célimène…